Pourquoi l'allaitement maternel est-il important pour le prématuré?

Publié le par Naître Et Grandir Ensemble

De part sa naissance prématurée, le bébé n'a pas encore atteint le niveau de maturité d'un bébé né à terme. Le lait maternel, et le fait de le proposer au sein, jouent un rôle important pour accompagner le bébé dans son développement, au jour le jour et à plus long terme. Le contact avec sa mère et son père (s'il pratique aussi le peau à peau) aide également le bébé à tisser un lien d'attachement fort avec ses parents.

Le métabolisme du prématuré n'est pas mature. Il possède par exemple moins d'enzymes digestives et a plus de mal à digérer les composants complexes comme les lipides. Le lait maternel contient, lui, beaucoup d'enzymes, par exemple des lipases, qui vont aider le bébé à digérer les graisses.

Le fonctionnement de certains organes n'est pas encore optimal. Le foie et les reins, par exemple, sont immatures. Le lait maternel génère peut de déchets, ce qui évitera de surcharger foie et reins. L'estomac est aussi moins réactif et ses sphincters (les muscles du haut et le bas de l'estomac) se ferment moins hermétiquement. Ceci provoque souvent des remontées acides dans l'oesophage (ou RGO, Reflux Gastro-Oesophagien). Le lait maternel, de par sa digestibilité, reste peu de temps dans l'estomac, et a donc moins d'occasions de remonter vers l'oesophage. Et quand c'est le cas, il est peu irritant.

Au sein, le prématuré maîtrise facilement la séquence succion/déglutition/respiration et le flot de lait. Ceci permet de limiter le stress et la fatigue du bébé, et de diminuer les variations néfastes de certains paramétres physiologiques (oxygénation du sang, rythme cardiaque, respiration).

Le prématuré n'a pas pu bénéficier du transfert d'anticorps provenant de sa mère dans les dernières semaines de grossesse. De plus, son système immunitaire n'a pas encore la maturité d'un bébé à terme. Le lait maternel diminue le risque de maladie infectieuse de 43% par rapport aux bébés nourris avec du lait artificiel (Hylander, Pediatric 1999). Il contient en effet de nombreux facteurs de défense et d'autres favorisant une colonisation bactérienne optimale du tube digestif. La présence de cette flore intestinale permet également de réduire les risques d'allergie (Lucas, BMJ 1990) et la prolifération de germes nocifs.

Le lait maternel, par exemple, diminue le risque d'entéroclite ulcéronécrosante (ECUN), affection grave du tube digestif touchant surtout les prématurés. L'ECUN est 6 à 10 fois plus fréquente chez les prématurés nourris au lait artificiel (Lucas, Lancet 1990).

L'allaitement maternel permet également au bébé d'obtenir des anticorps, le défendant contre les microbes que sa mère rencontre. Les germes familiaux étant moins virulents que les microbes rencontrés à l'hôpital, le bénéfice est grand quand la mère allaite et est très souvent en contact avec son bébé hospitalisé.

Le lait maternel apporte au bébé prématuré des substances lui permettant de poursuivre son développement dans les meilleures conditions. Les acides gras à trés longues chaînes, la taurine, des agents antioxydants par exemple, améliorent les fonctions neurologiques et visuelles du prématuré (Hylander, J. Perinatol 2001). Le bébé doit également avoir une croissance corporelle importante. Il a besoin par exemple de beaucoup de protéines, de vitamine D, calcium, phosphore et fer. Le lait maternel apporte ces éléments en quantité limitée, mais ces derniers sont particulièrement bien assimilés. Selon son terme, il est parfois nécessaire de donner ces substances au prématuré en plus du lait maternel.

Source : Magazine "Grandir Autrement" Mars-Avril 2007

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