8 questions sur l'épisiotomie

Publié le par Naître Et Grandir Ensemble

En quoi consiste-t-elle??
L'épisiotomie est une incision chirurgicale du périnée (ensemble des muscles qui soutiennent la vessie et les autres organes du petit bassin : rectum, vagin et utérus) pratiquée lors de l'accocuhement. Cette coupure nette de 2 à 6 cm, partant de l'extrémité de la vulve, a pour but de faciliter le passage de la tête du bébé. A l'origine, on pensait aussi qu'elle pouvait éviter les déchirures du périnée ainsi que les incontinences urinaires à long terme. On a longtemps recommandé aux obstétriciens et aux sages-femmes d'avoirs recours à cette intervention de façon quasi systématique dans certains cas précis : premier accouchement, naissance d'un gros bébé, utilisation de forceps ou de ventouse pour aider l'enfant à naître, péridurale (car la femme pousse moins), ou encore lorsqu'il y a souffrance foetale et qu'il faut hâter l'accouchement. Autrement dit, un nombre incalculable de situations. Mais le plus étonnant, c'est qu'aucune de ces indications ne reste d'actualité aujourd'hui!!

Pourquoi ce geste est-il remis en cause??
"L'épisiotomie ne doit plus être systématique", telle est la recommandation émise par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Si cette intervention reste, selon les experts, utile dans certains cas, elle ne doit absolument pas être généralisée. De nombreuses études démontrent que l'épisiotomie n'apporte pas les bénéfices escomptés. Cette incision ne prévient absolument pas toutes les déchirures du périnée compliquées, elle ne réduit pas les risques d'incontinence urinaire et d'incontinence anale à moyen et long terme, ni les descentes d'organes (prolapsus). Le rôle préventif systématique est un dogme médical qui s'effondre...

Combien de femmes, en France, subissent-elles encore une épisiotomie??
Lors de leur premier accouchement, 68% des femmes ont une épisiotomie. Et certains obstétriciens la pratiquent encore de manière systématique pour la naissance d'un premier enfant. Au total, selon les derniers chiffres disponibles datant de 2002 et toutes naissances confondues, 47% des femmes, soit quasiment une sur deux, n'échappent pas à cette intervention.

En pratique, quelles sont les conséquences??
Pour commencer, on sait que la cicatrisation est souvent une période difficile. L'hypersensibilité de la zone incisée entraine généralement une gêne, notamment en position assise, qui peut durer quelques temps. Signalons au passage que l'épisiotomie ne devrait jamais être suturée sans anesthésie locale ou péridurale! Mais il y a plus grave : l'épisiotomie augmenterait le risque d'hémorragie du post-partum. On a constaté aussi que les femmes opérées se plaignent de douleurs périnéales (pendant deux à trois mois), que ne connaissent pas celles qui ont gardé un périnée intact, ni même celles qui ont eu de petites déchirures. L'épisiotomie est également accusée de provoquer, dans les premières semaines qui suivent l'accouchement, des douleurs lors des rapports sexuels. Enfin, ce geste chirurgical semble exposer les femmes à un risque d'incontinence urinaire au cours des trois premiers mois aprés la naissance. Conclusion, non seulement l'épisiotomie s'avére souvent inutile, mais elle peut en plus avoir des conséquences problèmatiques.

Pourquoi en fait-on autant??
Bien que le nombre d'épisiotomies soit en diminution constante (moins 10% entre 1994 et 2002), il baisse cependant lentement, trop lentement... Les spécialistes estiment que seulement 30% des accouchements en nécessitent une. Or, actuellement, le nombre d'interventions pratiquées en France tourne autour de 47%. Pourquoi une évolution aussi lente? Parcequ'une habitude de près de trente ans ne se perd pas aussi facilement! Toute la génération actuelle de médecins et de sages-femmes a appris à accoucher de cette façon. Les services hospitaliers ont aussi des modes de fonctionnement parfois trés ancrés et impossibles à modifier du jour au lendemain. Mais il existe des maternités qui réagissent plus vite que d'autres. Certaines n'affichent déjà plus que 20% d'épisiotomies...

Aprés une épisiotomie, est-on obligée d'en avoir une seconde??
C'est une crainte courante. Mais contrairement à ce qu'on pense souvent, il n'est absolument pas obligatoire d'en subir une autre pour l'accouchement suivant. Et les chiffres le prouvent : les épisiotomies sont moins fréquentes lors d'une deuxième naissance. Sept femmes sur dix en ont eu une pour leur premier bébé, et seulement trois sur dix pour leur deuxième enfant. La raison? L'imprégnation hormonale des grossesses et la naissance ont rendu les tissus plus élastiques.

Dans quels cas est-elle vraiment indispensable??
Difficile de répondre aujourd'hui à cette question. La recommandation émise par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français ne définit justement plus d'indications! Pourquoi? Parceque le faire, selon les experts, reviendrait encore à systématiser la pratique de ce geste, à l'enfermer dans un cadre d'indications prédéfinies (en fonction de la taille du bébé, de sa position ou du nombre de grossesses antérieures, par exemple). Or, aucune donnée scientifique, aucun chiffre, ne permet à l'heure actuelle de conseiller l'épisiotomie dans l'une ou l'autre de ces situations. Alors, quand faut-il en faire une? Eh bien, il n'y a plus de règle. C'est au praticien d'évaluer la situation, au cas par cas... Si le périnée semble prêt à se rompre, l'intervention sera sans doute nécessaire. De même, exceptionnellement, elle pourra être utile pour hâter la sortie d'un bébé en souffrance foetale. Les experts laissent le médecin décider si une épisiotomie permettra d'éviter une déchirure musculaire préjudiciable à la femme.

Peut-on refuser cette intervention??
On le sait rarement mais, depuis la loi du 4 mars 2002 sur le droit des malades, les femmes peuvent en théorie dire non à l'épisiotomie. Nul geste médical ne peut être imposé contre la volonté du patient. En pratique, il est préférable d'en discuter avec l'obstétricien ou la sage-femme avant l'accouchement, lors des visites prénatales. Dites-leur que vous ne désirez pas, dans la mesure du possible, subir d'épisiotomie, quitte à accepter, par exemple, une petite déchirure. N'hésitez pas non plus à répéter ce souhait à plusieurs reprises, et demander à ce qu'il figure dans votre dossier médical. N'oubliez pas que le jour J vous n'aurez paut-être pas auprés de vous le médecin ou la sage-femme qui vous aura suivie. Il est indispensable que l'équipe médicale présente ce jour-là ait accés à cette information.

Source : Magazine "Famili" Décembre 2006
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